Works on film edges • ongoing série
AMORCE
2019–2026
Fragments lumineux surgissant sur les bords exposés de la pellicule développée.
Une zone fontalière, mouvante, fragile, qui précède l’image et l’annonce.
2019–2026
Fragments lumineux surgissant sur les bords exposés de la pellicule développée.
Une zone fontalière, mouvante, fragile, qui précède l’image et l’annonce.
Amorce est une série qui prend place sur les marges du film argentique développé.
Collectées au fil des années, en parallèle de mon travail de photographe argentique,
la série rassemble ces éclats, retrouvés rouleau après rouleau, et les organise comme une traversée.
ces amorces constituent à présent un territoire autonome.
une succession de seuils où la lumière travaille avant l’image, où la matière invente sa forme.
La série Amorce s’est formée lentement, en marge de ma pratique photographique.
Pendant des années, en travaillant en moyen format ou en 35 mm, chaque film laissait
apparaître ces fragments brûlés, ces débuts d’images qui n’en étaient pas encore.
Ils surgissaient sur les bords du cadre, dans ces zones instables où l’émulsion réagit avant
la représentation.
La marge m’a toujours attirée.
Dans le travail, dans les images, dans ma manière d’être au monde.
Ce qui n’est pas au centre, ce qui échappe à la narration principale,
ce qui accompagne sans occuper la première place : j’y reconnais quelque chose
qui me touche profondément.
Les amorces ont longtemps été considérées comme des résidus techniques :
des accidents, des erreurs, des traces du geste plutôt que de l’intention.
Pourtant, à force de les collecter — parfois sans même le vouloir —
j’ai compris qu’elles formaient leur propre territoire : un espace où l’image n’existe pas
encore, mais où quelque chose insiste, persiste, résiste.
Il y a dans ces zones périphériques une manière de dire la différence,
l’indépendance, ce qui n’entre pas immédiatement dans le cadre autorisé.
Je n’ai jamais cherché à faire de politique, mais en travaillant ces fragments,
j’ai fini par voir ce qu’ils révélaient :
mon attention instinctive pour ce qui est laissé de côté, pour ce qui ne cherche pas
à appartenir, pour ce qui est écarté par habitude, par paresse ou par soumission
à l’ordre établi.
Les amorces ne sont pas rejetées parce qu’elles seraient vides,
mais parce qu’elles ne correspondent pas à ce qu’on attend d’une image.
Elles portent pourtant une force brute : la naissance de la lumière,
des tensions d’émulsion, des couleurs qui s’essaient, des formes qui hésitent.
Amorce est né de ce temps de collecte.
Ces fragments, habituellement écartés, ne correspondent pas à ce qu’on attend d’une image. Ils déplacent le regard vers ce qui précède l’image,
vers un seuil où le cadre se défait et où la photographie devient pure révélation .